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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 08:35

reconstitution-pressoir.jpgPendant 18 mois, le Musée du Vignoble Nantais a mis en application la note-circulaire parue le 19 juillet 2012 concernant le matériel d’étude. Avec le soutien financier de la DRAC Pays de la Loire, un chargé de mission a été recruté en mars 2013 avec pour objectif d’étudier et de définir un statut aux objets formant le matériel d’étude du musée.  Rachel Suteau, responsable du service patrimoine au syndicat mixte du SCoT et du Pays du Vignoble nantais, explique la méthodologie retenue et l'informatisation des données recueillies.

 

 

 

Le contexte
Cette procédure sur le matériel d’étude s’inscrit à la suite du chantier des collections initié depuis 2008. Une première mission d’informatisation des inventaires papier en 2008-2009 puis une seconde de récolement en 2010-2011 avaient permis d’organiser, de nommer, de classer et de documenter a minima une collection associative accumulée en deux phases successives (1981 à 1993 puis 1995 à 2010). Cependant, la faiblesse de contenu documentaire ne permettait jusqu’alors que trop peu une utilisation optimale de l’ensemble des champs de la base de données utilisée pour l’informatisation.
L’outil informatique, au cours de cette période, a permis de consigner des informations existantes et récolées d’après les différents inventaires papiers conservés sur le site. D’autres informations ont été saisies « en attente » lorsqu’elles portaient sur l’accumulation d’objets non inventoriés depuis 1995. Ces objets, physiquement présents, ont été intégrés à la base de données, photographiés, identifiés à la différence près que le numéro d’inventaire a été saisi « A inventorier n°1 à N ». Par commodité de saisie, les nouvelles fiches d’inventaire ainsi créées pouvaient regrouper plusieurs objets de même dénomination, sous forme de lots (de type « lot de X bouchons » pour une seule fiche informatique).
Le logiciel d’inventaire a également permis l’organisation du déménagement d’une partie des objets dans un lieu externalisé, de même que l’organisation par typologie d’objets dans les réserves sur site et hors site. Enfin, la relation aisée entre les fiches documentaires et les photographies a grandement facilité la capacité de l’équipe à engager les travaux sur le matériel d’étude.

La commande
Au démarrage de la mission portant sur le matériel d’étude, 1.416 fiches d’objets « A inventorier » sont identifiées dans la base de données. Elles constituent le point de départ de l’étude.
La mise en œuvre de la mission répond à des objectifs formulés dès l’origine du projet :
- Aboutir à un tri très sélectif pour l’inscription des objets à l’inventaire ;
- Mener l’étude dans un temps court et défini : un contrat d’un an (finalement prolongé de six mois) en concomitance avec la rédaction du projet scientifique et culturel et la réalisation d’une étude de programmation ayant notamment pour but la création de nouvelles  réserves ;
- Enfin, proposer des solutions statutaires pour au moins 51% des fiches identifiées.

Une méthodologie expérimentale
D’un point de vue pratique, l’examen du matériel d’étude s’est déroulé sous forme de plusieurs études organisées par typologie technique d’objets : les pressoirs ; charrues et houes ; fûts et portoires ; éléments de tracteurs ; bouteilles, bouchons et étiquettes de vin ; outils de tonnellerie. Un onglet spécifique pour le suivi de la connaissance acquise sur les fiches du matériel d’étude a été créé dans la base de données et conservé. Car la recherche n’est pas close et certaines études devront être poursuivies pour statuer sur l’intégration ou non dans la collection muséale.
Les études se sont basées sur les informations collectées durant le récolement décennal et sur l’observation physique de chacun des objets. Ces observations et constats ont été complétés par un travail de comparaison avec les œuvres inventoriées, et celles correspondantes conservées dans d’autres musées. Le fait que l’ensemble des objets (œuvres inventoriées et matériel d’étude) soit regroupé dans une même base de données et donc « appelable » par dénomination a facilité le travail de pré-sélection et d’étude comparative. De la même façon, la couverture photographique associée à la base de données a permis d’anticiper les constats d’état sur les différents sites de conservation physique des oeuvres.

L’équipe scientifique a défini des critères de sélection pour l’inscription à l’inventaire :
- L’état sanitaire : l’objet est-il en bon état ? nécessite-t-il une restauration ?
- L’intégrité physique de l’objet : est-ce un élément ? ou un objet complet ?
- La singularité de l’objet au sein de la collection : existe-t-il des doublons ?
- L’esthétique de l’objet : appréciation de la qualité de fabrication ou d’usage.
- L’usage de l’objet : peut-il fonctionner ? sa technicité est-elle restituable ? (Critère proposé par les membres de la commission scientifique régionale d’acquisition de la DRAC Pays de la Loire).
Il s’est révélé, au cours de la mission, que la recherche documentaire des objets ne pouvait se mettre en place que sur un temps long qui correspond à celui de l’appropriation de l’objet patrimonial. Le chargé de mission a parfois revêtu le costume d’enquêteur du patrimoine : étude fine des éléments d’un objet (essai de correspondance entre dimensions, traces d’usage), appels téléphoniques à de potentiels donateurs, entretiens avec les collecteurs, les membres de l’équipe du musée, etc.

D’un point de vue déontologique, cette méthode a été construite sur un échange tripartite entre les élus, propriétaires et gestionnaires du fonds, les amateurs, relais d’information et collecteurs, et l’équipe scientifique. Elle a été pensée de façon participative en considération des avis de la collectivité, des associations, et du corps des professionnels du secteur. Ainsi, la problématique de l’étude, la méthode engagée et les premiers résultats obtenus ont été présentés à ces différents acteurs à mi-chemin de la mission, permettant de considérer les questionnements, inquiétudes, intérêts de chacun : Qu’a-t-on à dire de ces objets ? Que nous racontent-ils du vignoble nantais ? Quel est le coût financier de la collectivité pour conserver et valoriser ces objets ? Quoi faire des objets que l’on ne conserve pas ? Faut-il conserver des objets pour permettre la recherche fondamentale sur un sujet déterminé ? Ces questions et arguments ont permis de faire progresser la réflexion au fil des études, en adaptant les critères de sélection de façon spécifique à chaque typologie d’objets. Il va sans dire que la base de données a servi de support constant à cette recherche et gestion participative, avec un flux tendu d’informations ajoutées, modifiées, en fonction des découvertes et des échanges. Un onglet personnalisable de la base de données a permis de rédiger sous forme de commentaire les informations recueillies auprès des donateurs, le résultat des prospections, le contact des personnes ressources et, finalement, l’avis argumenté du chercheur concernant la dévolution possible de l’objet.

Résultats des études menées
1.336 objets physiques ont été étudiés (correspondant à 756 fiches sur la base de données). 21 objets sont proposés à l’inventaire ; 11 objets non identifiés au moment du récolement ont été retrouvés. De nombreux autres sont intégrés comme objets documentaires et sont maintenus dans la base de données, considérant l’intérêt de ce fonds documentaire pour les perspectives de recherche sur la collection. Les objets conservés pour la muséographie ou pour usage d’animation pédagogique sont extraits de la base de données et font l’objet d’un listing séparé, considérés de la même façon que du matériel périssable. Cela permet de « nettoyer » la base de données et de se concentrer de plus en plus sur l’usage de l’outil informatique comme outil de recherche et d’étude, tout autant qu’outil de gestion. Près de 500 objets sont aliénés à titre gratuit, voire détruits pour partie d’entre eux.

La base de données documentaire : un outil clé de la recherche
Grâce à l’outil informatique, la recherche sur le matériel d’étude croisée à la collection a été facilitée pour les objets volumineux, constitués d’éléments épars, conservés dans plusieurs lieux de stockage (étude sur les 21 éléments de pressoirs), ou pour les études comprenant un nombre très important d’objets (étude sur les 708 bouteilles). Les enquêtes sur le matériel d’étude couplées à l’usage de la base de données ont montré la nécessité de créer un thésaurus en vue de parfaire l’identification des objets et d’engager des recherches comparatives entre différents territoires viticoles. Ce travail est programmé avec les collègues du Musée de la Vigne et du Vin d’Anjou, dans la perspective d’une mise en réseau nationale.

Le matériel d’étude : une étape clé de la patrimonialisation
La mission sur le matériel d’étude menée au Musée du Vignoble Nantais a questionné le processus d’intégration de l’objet dans la collection. De ce fait, et par les réponses méthodologiques apportées, ce sas statutaire s’est révélé une étape clé dans le processus d’appropriation collective d’objets techniquement « morts » vers, pour certains, la fonction renouvelée d’objet patrimonial. Les choix de destination qui s’opèrent, portés et assumés par les élus, les spécialistes et les citoyens, permettent ainsi de constituer et d’assumer une collection dont la dimension patrimoniale devient évidente et sort du seul champ du spécialiste. Il s’agirait, à nos yeux, d’une des formes qui renouvelle la démarche historique extrêmement féconde des écomusées et musées de société. 

 

Le site du musée

Les objets du musée sur Joconde

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Published by Bureau de la diffusion numérique des collections - dans Les musées nous parlent
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